Société de Pharmacie de Bordeaux
L'APOTHICAIRERIE DE L'HÔPITAL DE BAZAS ET SES POTS DE PHARMACIE par Charles TAMARELLE, 01 février 2007
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L’apothicairerie de l’hôpital Saint Antoine de Bazas, à Bazas en Gironde, est ouverte au public sur rendez-vous (s'adresser à l'Office de Tourisme, Tél. 05 56 25 25 84 et Fax 05 56 25 95 59). Classée monument historique, préservée et réhabilitée, elle permet pour les médecins comme pour les malades, l’observation d’une collection unique de 110 faïences, 10 porcelaines et 150 verreries et d’avoir un regard original sur l’histoire de la pharmacie.

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Apothicairerie de Bazas

Bazas était autrefois un oppidum appelé Cossio, ville fortifiée des Vasates, peuple de la Gaule romaine. À partir de 1690, sous l’influence de Louis XIV, l’hospice de Bazas, structure d’hébergement sur un chemin de Saint Jacques de Compostelle, devient un hôpital avec fonction de soin. Bazas est siège d’évêché et au XVIIIe siècle, les derniers évêques de Bazas — l’un fut le confesseur du fils de Louis XV — s’occupent de l’hôpital jusqu’à la Révolution. Il n’y a pas de personnel médical permanent. Les Filles de la Charité installent l’apothicairerie.

On doit à ce contexte historico-religieux les saints guérisseurs d’une façade, des girouettes en forme de dauphin, une piéta du XVIe, un Christ du XVIIe et il subsiste des plats du service de table des évêques.

Apothicairerie de Bazas

matériel chirurgical et de soin (en haut) et pots à fumigation (en bas)

Le matériel médical va de la seringue à clystère avec dispositif « soi-même », aux boîtes de chirurgie, irrigateurs du Dr Éguisier, thermocautère de Paquelin, masque d’Ombredanne, tube d’Esbach pour le dosage de l’albumine, bocal à sangsues, etc.

Le matériel de pharmacie galénique date du XVIIIe siècle (balance, poids à godet en livres médicinales, mortiers, tamis, porphyre, pilulier avec boule à dorer, moules à ovules et à suppositoires en étain et en laiton) et de la fin du XIXe siècle (planches à cachets, ordonnancier, panel d’étiquettes).

Apothicairerie de Bazas

Apothicairerie de Bazas

Il subsiste quelques boîtes à plantes rudimentaires. La faïence va des 'albarels' (vases à influence orientale en cylindre rétréci au milieu permettant une meilleure prise) aux productions XVIIIe du Sud-Ouest en camaïeu bleu où les pots de monstre, chevrettes, pots couverts et pots canons déclinent diverses influences. La fabrique Hustin en exprime la plénitude esthétique. Un inventaire en 1811 met en évidence la désuétude de la faïence au profit de la verrerie.

pot couvert

pot couvert

albarel

albarel

chevrette

chevrette

L’apothicairerie dispose de la plus importante collection de verrerie bazadaise du XVIIIe, production des gentilshommes verriers locaux, caractérisée par le bleu-vert particulier des cations Fe2+ réduits en présence de cendres de fougère, avec des formes originales, pas toujours expliquées. Le XIXe apporte des formes cylindriques et les inscriptions classiques des pots de porcelaine.

Les inscriptions des récipients évoluent de la graphie typique du XVIIIe en latin, aux majuscules d’imprimerie en français après l’édition 1837 du Codex.

cerat de Galien

le doré effacé permettait d'éviter une confusion avec le cérat simple

conserve de rose

Les références des inscriptions vont de l’Antiquité (Mithridate, Andromaque, Damocrate, Galien) aux Orientaux (Hamech, Rhazès, Salomon ou Soleïman), à la Renaissance (Arceus, Vigo, Fernel), puis à Rousseau et Sydenham au XVIIe, Portal sous Louis XVIII. Malgré le biais des aléas de conservation des récipients, leur étude permet une approche de la Pharmacopée, que peut confirmer l’inventaire de 1811.

La Pharmacopée hippocratique est représentée par les « grandes compositions », électuaires polypharmaques (mithridate et thériaque) des pots de monstre, formulés ou modifiés par les médecins grecs de l’Empire romain. L’influence de Galien rationalise l’usage de mellites et sirops dans les chevrettes. Les Orientaux codifient les opiats et introduisent la pharmacie chimique minérale. Espagnols, Italiens et Français développent les baumes et onguents des pots couverts. Le XVIIIe apporte l’eau de Botot, les laudanums, la liqueur de Fowler et les curieuses boules de Nancy — Globi Nancei — à base de limaille de fer. Les produits exotiques arrivent par les routes commerciales.

mithridate

theriaque

Globi Nancei

La monothérapie spécifique apparaît au début du XIXe siècle avec la teinture de colchique contre la crise de goutte. Viendra ensuite l’isolement des principes actifs comme la santonine des semen-contra, puis les ressources de la chimie organique.

Les propriétés de ces médicaments correspondent à une thérapeutique symptomatique. L’anticipation de l’hygiène hospitalière est rare au XVIIIe siècle. La lutte contre l’infection se limite aux pots-pourris, pots à fumigations, munis d’orifices d’où se dégage un produit censé lutter contre les « miasmes ».

fumigation

pot a fumigation

Pour en savoir plus, on pourra consulter la thèse de pharmacie de l'Université de Bordeaux 2 de 1986, no. 221, de Marquette (V.) intitulée ' L'Apothicairerie de l'hôpital St Antoine de Bazas'.

L'Apothicairerie de l'Hôpital Saint-Antoine de Bazas est membre du Réseau des Hôtels-Dieu et Apothicaireries.

 

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